Résumés des communications- Colloque Peste

Communication de Vincent Barras

Histoire immédiate & temps long : une perspective transdisciplinaire sur la pandémie de Covid-19

Les sciences humaines et sociales (et tout particulièrement l’histoire de la médecine et de la santé) sont, comme jamais auparavant, sommées de sortir de leur tour d’ivoire, sollicitées pour dresser des bilans critiques de l’action contemporaine, donner des leçons pour les mesures à prendre à l’avenir. Le passé est convoqué afin de mesurer le caractère inédit de la pandémie contemporaine, face aux situations épidémiques antérieures. Dans le même mouvement, on requiert de l’histoire qu’elle souligne, à l’inverse, les éternelles répétitions, les « bégaiements » des actions humaines face aux épidémies. D’un pôle à l’autre de ce vaste spectre interprétatif, on voit se brouiller les compétences et divisions disciplinaires : historien.ne-s de métier devenu.e.s soudain expert.e.s de la pandémie contemporaine, scientifiques s’improvisant brusquement spécialistes et juges des errements ou des conquêtes du passé. Dans cet exposé, on se propose d’aborder de manière critique la question de l’instrumentalisation de l’histoire (autrement dit, de la multiplicité des fonctions sociales qu’on lui assigne : conjuration, consolation, contestation…), et celle des rapports possibles (voire souhaitables) qu’il conviendrait d’instaurer entre les disciplines impliquées dans la réflexion et dans l’action actuelle.
 
De formation littéraire, musicale et médicale, Vincent Barras est professeur ordinaire à l’Université de Lausanne (histoire de la médecine et des sciences). Il enseigne à la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève (théorie du son).
Auteur de Recherches et publications (conférences, livres, CD, entretiens, articles, …) sur l’histoire et théorie du corps, de la médecine et de la psychiatrie, sur la musique, la poésie et les arts contemporains).
 
Publications (sélection)  :
Anatomies. De Vésale au virtuel (dir.), Lausanne 2014
Recueil des vertus de la médecine ancienne, par Maqari (avec B. Graz, A. Moulin et C. Fortier), Lausanne 2017
Galien. Tempéraments (avec T. Birchler), Lausanne (sous presse)
Pierre Decker, médecine et collections (avec G. Monney et C. Noverraz) (sous presse)
Tout autour de Galien : médecine, biologie et anthropologies antiques, de Mario Vegetti, intr. et trad., Paris (à paraître)
 
Traductions (sélection) :
Simon Cutts, Monotononie, Genève 2020
Dieter Roth, Un curriculum de 50 années, Genève 2020
Alphonso Lingis, La communauté de ceux qui n’ont rien en commun, Paris, à paraître 2021 (avec D. Medico)
 
Sonores (sélection) :
voicing through saussure (avec J. Demierre), 3 CDs, Bardem, 2013

 

Communication de Régis Bertrand (sous réserve)

Étudier la « peste de Provence ». Trois siècles d’historiographie

Pendant et après la contagion sont publiés articles de presse et occasionnels. D’autres récits seront édités jusqu’à nos jours. Cette première floraison a fixé les grands traits d’une tradition historiographique.
L’exploration des archives permet ensuite la rédaction de récits de la peste au niveau des petites villes et bourgs. Dom Bérengier (1887) et Gaffarel et Duranti (1911) puisent dans les archives et dans des collections publiques ou privées d’imprimés. L’ouvrage de Carrière, Courdurié et Rébuffat (1968) traduit l’élargissement des problématiques. La thèse du docteur Biraben (1975) resitue la peste de 1720 dans l’ensemble des épidémies. Au cours de la dernière génération, l’anthropologie physique et les fouilles archéologiques ont entraîné le renouveau des études médicales et démographiques. Des dépouillements importants d’archives ont été faits pour des enquêtes élargies - ainsi à l’aspect financier.
Resterait à passer des compilations à l’analyse critique des témoignages, à les croiser davantage, et à reprendre des dépouillements sériels avec des questionnements renouvelés.

Régis BERTRAND, Agrégé d’Histoire et docteur d’État ès Lettres avec une thèse sur Les Provençaux et leurs morts de Louis XIV à la guerre de 1914, professeur émérite d’histoire moderne d’Aix-Marseille université et chercheur de l’Unité Mixte de Recherche Amu-Cnrs TELEMMe (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme), il a en dernier lieu dirigé Marseille, histoire d’une ville, 2018 et publié Henri de Belsunce (1670-1755), l’évêque de la peste de Marseille, 2020. Membre émérite du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, il est également président honoraire de la Fédération Historique de Provence et membre de l’Académie des sciences, lettres et arts de Marseille.

 

Communication de Fleur Beauvieux

Contrôle de l'espace urbain pendant la peste et tactiques quotidiennes des habitants

Le contrôle spatial de l’épidémie de peste de 1720-1722 amène à un quadrillage urbain inédit et un renforcement de la police urbaine. L’étude des actes administratifs du pouvoir urbain (ordonnances, règlements de police) montre une volonté de la part du commandant militaire Langeron, nommé par la Royauté pour diriger la ville, de militarisation de l’ordre public et d’augmentation des moyens donnés à la police pour gérer ce temps de mortalité (perte de la moitié des habitants de la cité). Outre le recrutement massif de commissaires de police, la charge d’inspecteur est créée suite à l’épidémie, afin de renforcer notamment la police des étrangers et d’instaurer de nouveaux moyens de contrôle écrits. Parallèlement, les habitants mettent en place différentes tactiques pour échapper tant à ce contrôle policier systématique de leurs déplacements que de leur état de santé (« billets de santé » pour se déplacer, mise en quarantaine, instauration d’un réseau d’hôpitaux et de maisons de convalescence). Les procédures judiciaires nous livrent ainsi une « histoire par en bas » de ces actions quotidiennes adoptées par les Marseillais et les Marseillaises pour survivre à la peste.
 
Fleur Beauvieux est docteure en histoire de l’EHESS et chercheur correspondant au Centre Norbert Élias-UMR8562. Elle a soutenue en 2017 une thèse intitulée Expériences ordinaires de la peste. La société quotidienne en temps d’épidémie (1720-1724). Elle est actuellement post-doctorante au LPED-UMR151-AMU-IRD sur le programme CoMeSCov (Confinement et mesures sanitaires visant à limiter la transmission du Covid 19 : Expériences sociales en temps de pandémie en France, en Italie et aux USA), dirigé par Marc Egrot et Sandrine Musso.
 

Communication de Tancrède Hertzog

Donner un visage au mal : les représentations de la peste dans les arts en Europe, du Moyen Age à la fin du XIXe siècle.

Entre Danses macabres, ex-voto consacrés aux saints thaumaturges et rares représentations réalistes des effets de la peste, la mort noire a donné naissance à un registre iconographique multiforme depuis le XIVe siècle. Ces images fournissent un visage à la peur et nous renseignent sur les croyances, pratiques et espoirs des communautés désemparées. Inexplicable, incurable, la peste est avant tout considérée comme un châtiment divin et c’est dans le domaine de la commande religieuse que son image fait son entrée : après la Peste noire de 1346, les commandes de fresques expiatoires explosent dans les églises de Florence et en Italie du nord. Au siècle suivant, les Danses macabres font leur apparition sur les murs des sanctuaires et cimetières de toute l’Europe. Les représentations de saints thaumaturges – en particulier saint Roch, saint Sébastien et Charles Borromée – sauvant des pestiférés deviennent légion dans les églises. A côté de visions religieuses allégoriques ou idéalisées, des images documentaires de l’épidémie existent, surtout à partir du XVIIe siècle : souvent dues à des artistes mineurs, elles n’en constituent pas moins de précieux témoignages pour les historiens puisqu’elles illustrent les pratiques réelles des populations face à la maladie. Quelques artistes tentent même de figurer de manière scientifique et anatomique les effets du mal sur le corps humain. Même une fois la peste disparue d’Europe occidentale, l’image du pestiféré demeurera longtemps un modèle pour les artistes souhaitant dépeindre maladies, fléaux et épreuves de la guerre.

Tancrède Hertzog est historien de l’art et critique. Doctorant contractuel à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, il s’intéresse en particulier à la scène artistique napolitaine et a entrepris une recherche sur la représentation de la peste dans les arts visuels. Il collabore également aux revues d’art La Règle du Jeu et Artpassions.

 

Communication de Divna Soleil

Une maladie qui prend chair : le terme loimos entre les médecins et les historiens

Le terme λοιμός et ses dérivés sont rares dans les traités hippocratiques les plus anciens : la notion de pestilence (loimos) n’est pas intégrée au système nosologique de la médecine grecque classique, ce qui tranche avec le fait que l’historiographie contemporaine, c’est-à-dire Thucydide, établit le genre du récit de loimos, avec sa description de la peste athénienne. En revanche, le loimos occupe une place importante dans le « corpus romanesque » de la Collection hippocratique, datant de l’époque hellénistique, mais à l’intérieur de ces textes il représente plus un thème littéraire qu’une réalité médicale. Il faudra attendra l’époque impériale et l’œuvre de Rufus d’Ephèse pour voir enfin émerger une notion médicale de loimos, qui semble devoir autant à la tradition médicale qu’au récit fondateur de Thucydide.
 
Agrégée de lettres classiques, Divna Soleil s’intéresse à la médecine ancienne, surtout en langue grecque. Depuis sa thèse consacrée à l’émergence de la notion de bile dans la Collection hippocratique, elle étudie les rapports que l’écriture médicale entretient avec la littérature grecque non médicale. Actuellement en poste dans l’enseignement secondaire, elle poursuit ses travaux portant sur les traités médicaux rédigés en grec à l’époque impériale, et tout particulièrement sur l’œuvre d’Arétée de Cappadoce.

 

Communication de Valérie Bonet

Les mots de la "peste", les mots de la peur, dans les textes médicaux latins : pestis, pestilentia

Le terme latin pestis, que le français a choisi pour désigner la peste telle que nous la connaissons aujourd’hui, ainsi que son dérivé pestilentia, sont très peu présents dans la littérature médicale latine. Dans l’Antiquité, ce ne sont apparemment pas beaucoup des mots de médecins, un peu plus d’encyclopédistes, en revanche. Dans les textes médicaux latins, on note en premier lieu une spécialisation de pestilentia pour désigner une maladie, épidémique ou pas. Mais surtout ces mots, et en particulier pestis, ont un sens large et désignent des réalités diverses et variées qui ont pour dénominateur commun de connoter la peur et notamment la peur de la mort. Ils nous font entrer dans un monde à la fois extraordinaire et terrifiant où se côtoient animaux dangereux ou fabuleux, plantes vénéneuses, catastrophes naturelles et signes de mauvais augure. Mais à bien y regarder, ils nous apprennent toujours quelque chose sur la façon dont les Anciens concevaient les épidémies.
 
Valérie Bonet, est maître de conférences en langue et littérature latines à l'université d'Aix- Marseille. Sa thèse intitulée La pharmacopée végétale d’Occident d’après le témoignage de Pline l’Ancien a été publiée en 2014 (éd. Latomus). Rattachée au laboratoire TDMAM (CNRS-AMU) depuis son arrivée à l’université, ses travaux scientifiques, portent sur l’histoire de la médecine et de la botanique ainsi que sur l’étude des textes médicaux. Le fil directeur de ses recherches s’organise autour deux axes d’étude : les rapports que l’homme entretenait dans l’Antiquité avec ses maladies et sa pharmacopée d’une part, et les plantes antiques, d’autre part.

 

Communication de François Clément

Nommer l’épidémie et la peste dans les sources médiévales arabes

Le lexique de la « peste » et de l’épidémie est constant dans les sources arabes du Moyen-Âge, qu’elles soient de nature médicale, historiographique, juridique, religieuse ou littéraire. Au-delà des expressions métaphoriques utilisées pour désigner des crises sanitaires particulièrement sévères, deux termes se détachent, wabā’ et ṭā‘ūn, sans qu’on puisse toujours discerner à quoi ils réfèrent exactement. Nous tâcherons de préciser leurs champs sémantiques respectifs à partir de leurs contextes d’utilisation et d’une analyse philologique faisant intervenir la lexicographie et l’étymologie. Nous nous interrogerons notamment sur l’origine du mot ṭā‘ūn, « peste » (dont la peste bubonique), donné par tous les lexicographes comme dérivé d’une racine arabe, mais qui provient plus vraisemblablement d’un emprunt à une autre langue.
 
François Clément est maître de conférences retraité et membre collaborateur du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM, CNRS / Université de Poitiers). Sa spécialité est l’histoire du monde arabo-musulman à l’époque classique, plus particulièrement celle de l’Occident musulman (al-Andalus et Maghreb extrême). Il a notamment dirigé les deux volumes d’Histoire et Nature publiés aux Presses Universitaires de Rennes : Pour une histoire écologique des sociétés méditerranéennes (Antiquité et Moyen Âge), 2011, et Épidémies, épizooties. Des représentations anciennes aux approches actuelles, 2017.

 

Communication d'Eric Faure

Des hommes, des pestes et des dieux dans la Rome de la première moitié de la période républicaine (509-290 avant J.-C.)

Un corpus critique des épidémies ayant sévi à Rome de 509 à 290 avant J.-C. a été établi à partir de sources qui sont peu nombreuses et essentiellement littéraires (principalement Tite-Live et Denys d’Halicarnasse, auteurs du tournant de notre ère). Une vingtaine d’épisodes pesteux ont pu être décomptés dont aucun, dans l’état actuel de nos connaissances, ne peut être attribuable à Yersinia pestis. Tandis que des descriptions de ces épidémies sont relativement prolixes, d'autres sont très laconiques ; toutefois, d’importantes différences au niveau durée et intensité ont pu être relevées. Les relations d’antériorité – voire de causalité – entre épidémie et famine, d’une part, et entre zoonoses et pestes humaines, d’autre part, ont été recherchées. L’analyse des épisodes épidémiques dans leur contexte apparaît apporter une contribution non négligeable à la reconstruction de l’histoire, entre autres, martiale, politique, économique et religieuse, de la Rome de la première moitié de la période républicaine. Le crédit à accorder aux sources littéraires qui sont postérieures de plusieurs siècles aux événements qu’elles relatent sera aussi discuté.
 
Éric Faure est professeur à l’Université d’Aix-Marseille et membre de l’Institut de mathématiques de Marseille. II effectue des travaux de recherche dans diverses sous-disciplines de la biologie dont la biologie évolutive et l’étude des conditions d’émergence et de déclin des épidémies.

 

Communication d'Emmanuelle Caire

Thucydide a-t-il inventé la peste d'Athènes ?

Thucydide a tracé, dans La Guerre du Péloponnèse, une description aussi détaillée que marquante de la "peste" d’Athènes, en en décrivant non seulement les symptômes et l’évolution mais aussi les conséquences sociales et psychologiques sur la population. Toutefois les mentions de cette épidémie ou mêmes les allusions à son impact restent étrangement absentes dans les textes et documents contemporains ou un peu postérieurs. L’objet de cette communication sera de s’interroger sur cet écart entre la célébrité et l’influence ultérieures du texte thucydidéen et le silence étrange des sources contemporaines et d’en proposer quelques possibles explications.
 
Emmanuèle Caire est spécialiste de l’histoire des idées politiques en Grèce classique. Professeur de langue et littérature grecques à l’université d’Aix-Marseille elle est depuis 2010, directrice du laboratoire Textes et documents de la Méditerranée antique et médiévale (TDMAM, CNRS AMU). Son dernier ouvrage "Penser l’oligarchie à Athènes aux Ve et IVe siècle av. J-C", a été publié aux Belles Lettres, en 2016.

 

Communication de Diane Ruiz-Moiret

Peurs sur la ville : le traitement narratif des pestilences romaines dans les sources historiographiques

Outre la description des origines des maladies pestilentielles et des ravages qu’elles causent, les témoignages transmis par les sources historiographiques (nous nous concentrerons ici plus particulièrement sur Tite-Live et Denys d’Halicarnasse) mettent souvent en évidence un autre aspect de ce fléau : la peur, ou plutôt les peurs qu’engendre le développement de ces maladies. Ce sentiment est bien compréhensible : le mal est mortel, récurrent, imprévisible, et provoque un effroi alimenté en outre par le souvenir des pestilences passées. Le pluriel est cependant de mise, car les sentiments suscités par ces maladies diffèrent non seulement par leur intensité, mais également par leur objet, et par leurs conséquences sur les comportements individuels et collectifs des Romains. Deux nuances se distinguent surtout : la peur de la maladie, de son issue, des souffrances qu'elle engendre, des conséquences politiques et économiques qui peuvent en découler, s'ajoute dans le cadre spécifique de la religion romaine à l’effroi religieux qu'inspirent les pestilences, dans la mesure où elles sont souvent interprétées comme le signe de la puissance et de la colère des divinités. Ces deux formes de peur, toutes les deux bien exprimées par les historiens, s'opposent moins qu'elles ne se complètent et se renforcent pour former ensemble un sentiment complexe. Canaliser et maîtriser cet effroi collectif devient alors, pour les autorités politiques et religieuses de Rome, un enjeu décisif dans la gestion de ces maladies.
 
Diane Ruiz-Moiret est doctorante, Université Lumière Lyon 2 / Sorbonne-Université.

 

Communication de Paul Demont

Albert Camus, lecteur de Thucydide, et la genèse de La Peste.

La Peste de Camus a des sources multiples, mais l’une d’entre elles, pourtant essentielle, est trop souvent négligée, par méconnaissance de l’imprégnation antique de son auteur. Celle-ci est attestée par son diplôme d’études supérieures sur « Hellénisme et Christianisme. Plotin et Saint Augustin » (autre titre : « Métaphysique chrétienne et néoplatonisme ») et par de multiples autres preuves. Pour construire son roman, Albert Camus a en particulier lu successivement les descriptions de la peste que firent Lucrèce à la fin du De natura rerum et l’un de ses modèles, Thucydide, au livre II de ses Histoires, en menant une enquête que l’on peut reconstituer avec certitude, à partir, notamment, de la première version de La Peste. Il en a tiré la matrice de son roman, où la peste est une métaphore de la guerre contre l’Allemagne nazie (« Viendra la guerre dorienne, et la peste avec elle », Thucydide, I, 54), avant de peu à peu s’éloigner de la posture de « commentateur » qu’il décèle chez les auteurs de ces deux récits fondateurs. En effet, après avoir voulu rivaliser avec une telle posture, par le truchement d’un certain Philip Stephan, professeur de Latin-Grec, il a finalement éliminé ce personnage de la version définitive de son roman, d’une façon révélatrice de son évolution au cours de la seconde guerre mondiale et de son engagement dans le Combat contre le nazisme.
 
Paul Demont est professeur émérite à Sorbonne Université, où il a dirigé successivement l’UFR de Grec et l’Ecole doctorale « Mondes antiques et médiévaux ». Ses publications portent sur l’histoire des idées (La Cité grecque archaïque et classique et l’idéal de tranquillité, Les Belles Lettres, seconde édition 2009), la littérature grecque classique, la sémantique, la médecine ancienne et la réception de l’antiquité.

 

Communication de Benoît Rossignol

Évaluer l'impact des épidémies antiques : les proxy face aux sources littéraires

Depuis l'article séminal de Richard Duncan-Jones à propos de la peste antonine en 1996, le débat sur l'impact des épidémies antiques repose largement sur l'utilisation de proxy multiples et la discussion de leur fiabilité et de leur pertinence. En 25 ans, la méthode s'est étendue à d'autres épidémies antiques. Initialement destinée à mettre en évidence un impact important, elle a été utilisée récemment pour défendre l'idée d'un impact limité de la peste justinienne. À l'approche statistique et quantitative des sources archéologiques, dont les lacunes devaient révéler l'épidémie, se sont ajoutées des marqueurs tirés des sciences de l'environnement (mesure de la pollution au plomb dans les carottes glaciaires, évolution du paysage imaginée à la lumière de la palynologie) qui soulèvent de nouveaux problèmes. La question est aussi posée de l'articulation de ces données avec les sources littéraires et les témoignages antiques : on ne saurait les oublier en faveur des proxy. On proposera un retour historiographique et méthodologique sur ces questions, en espérant clarifier les débats à défaut de les clore.
 
Rossignol Benoît, Université Paris 1, CNRS-UMR 8210 ANHIMA, ANR Pscheet 
 

Communication de Philippe Mudry

Les gestes - barrières lors des épidémies antiques

Dans l’Antiquité, nulle instance officielle n’a jamais édicté de règles sanitaires destinées à protéger les populations contre les pestilences.
Fidèles à la doctrine miasmatique, les médecins ont limité la prévention à deux règles générales : le changement d’air (autrement dit la fuite) et la modération dans toutes les activités biologiques et physiques.
En revanche, depuis le récit fondateur de Thucydide sur la peste d’Athènes, le public sait contrairement aux médecins que les pestilences sont contagieuses et que tout un chacun est exposé au mal quelle que soit sa constitution et quel que soit son régime de vie. La première précaution est donc d’éviter tout contact avec les malades dont l’haleine même peut contaminer (Plutarque, Sénèque, Diodore, Ovide etc.). Nombre d’autres gestes - barrières peuvent également être adoptés en fonction des causes présumées du fléau, comme, par exemple, changer l’orientation des portes et des fenêtres (Varron), combattre les odeurs pestilentielles (Hérodien), ne pas marcher pieds nus (Celse), renoncer à se faire la bise (Pline).
Mais selon l’avertissement de Celse, ces gestes - barrières, tout nécessaires qu’ils sont, ne garantissent pourtant pas l’immunité. A cette incertitude génératrice d’angoisse s’ajoute généralement la défiance envers le recours aux dieux dont la peste d’Athènes a montré l’inefficacité.
 
Philippe Mudry est professeur émérite de l’Université de Lausanne
 

Communication de François-Olivier Touati

La peste noire : réponses médicales, visions sociétales (1347-1720)

L’irruption de la peste de 1347 en Occident a immédiatement suscité interrogation et quête de compréhension dont la rationalité, en fonction de l’état contemporain des savoirs, mérite d’être soulignée. Le recours aux experts, la recherche des causes aux dimensions universelles, l’observation des symptômes ont donné lieu à plus de 280 traités sur la peste dont 77 avant 1400 et 20 avant 1353, sans compter les chapitres que les médecins et chirurgiens y ont consacré dans leurs ouvrages.
L’essentiel des prescriptions est consacré à la prévention et aux mesures de protection. Or, la prophylaxie établie dans les vingt premières années de la pandémie trouve autant sa matrice à travers les justifications médicales que dans les dispositions sociales et politiques qui les environnent. Cette conjugaison mérite d’être réexaminée dans la longue durée jusqu’à la Peste de Marseille en 1720 : comment la pérennité des modèles s’accorde-t-elle avec l’évolution des sociétés, quelle est leur incidence sur cette évolution ?
Captant l’attention des historiens, l’élaboration des mesures préventives contre un ennemi invisible, a éclipsé l’intérêt envers les réponses thérapeutiques proprement dites : soins et remèdes que les praticiens, en première ligne, sont loin d’avoir négligés. Ce second volet doit d’être abordé et apprécié dans son efficacité.
 
François-Olivier Touati est professeur à l’Université de Tours, doyen de la Faculté des Arts et Sciences humaines. Membre de l’Équipe Monde Arabe et Méditerranée (EMAM-Citeres), spécialiste d’histoire de la médecine et des hôpitaux au Moyen Âge, ses travaux, couronnés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, portent sur les échanges entre Orient et Occident mais aussi sur l’historiographie et l’épistémologie contemporaines.

 

Communication de Michel GOURY

Le Grand Saint Antoine. Les fouilles archéologiques d’un navire maudit.

Samedi 25 mai 1720. Après un voyage de plus de dix mois qui l’ont conduit au Levant, le Grand Saint Antoine mouille dans l’anse de Pomègues, lieu des quarantaines des navires en provenance des pays du Proche-Orient, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. La ville se protège ainsi de « la contagion », la peste, en imposant la quarantaine aux bateaux, équipages, passagers et cargaison. Cependant, la peste est à bord et va se propager dans Marseille et dans toute la Provence. Le vaisseau est maudit, imprégné du malheur de toute une ville. Il est alors isolé à proximité de l’île de Jarre, abandonné, Il attend, sans vie. Le régent ordonne : le navire doit être brûlé, Le 26 septembre 1720, le Grand Saint Antoine est conduit dans une anse de la pointe de l’île. C’est l’endroit choisi pour brûler le vaisseau lesté de 500 sacs de cendre. En 1978, l’épave du Grand Saint Antoine est découverte. Elle fait alors l’objet de cinq campagnes de fouilles archéologiques sous-marines., Fallait-il l’abandonner sous son linceul de sable et l’oublier ? Fallait-il lui accorder le droit de partager et de compléter, par son lot de vérité, l’histoire d’une « ville morte » ? L’épave raconte.
 
Archéologue sous-marin, responsable des fouilles archéologiques de l’épave du Grand Saint Antoine et du port naturel de Pomègues (35 années d’opérations archéologiques). En 2019 et 2020 co-responsable avec le DRASSM d’un sondage archéologique de l’épave Pomègues IV dans l’anse de Pomègues. Co-auteur avec Charles Carrière de l’ouvrage « George Roux de Corse, l’étrange destin d’un armateur marseillais ». Auteur du livre « Un homme, un navire, la peste de 1720 ». Documentaliste de la bande dessinée « Marseille, et la peste débarqua… » (2020).
 

Communication de Jean-Louis Blanc

Le Chevalier Roze, entre mythe et réalités

Le Chevalier Roze est bien connu à Marseille pour son action héroïque durant l’épidémie de peste de 1720 qui a ravagé la ville. Cependant le reste de son existence est beaucoup moins bien connu. Il est né à Marseille en 1675 où son père était maitre-charpentier de marine. Il dirigea le comptoir familial à Alicante où il participa à la guerre de Succession d’Espagne et défendit la ville. À son retour il fut convoqué à Versailles et présenté au Roi Louis XIV qui le nomma Chevalier de l’ordre de Saint Lazare et de Notre Dame du Carmel. Il occupa ensuite le poste de Vice-consul aux Echelles du Levant, où il resta 3 ans avant de revenir à Marseille en 1720, 5 jours avant l’arrivée du Grand Saint-Antoine.
Il participa héroïquement à la lutte contre l’épidémie de peste. Cependant, immédiatement après, son action fut controversée. Il fut soit adulé et porté aux nues, soit vivement critiqué par ses compatriotes.
Après sa mort à Marseille en 1733, son souvenir s’effaça progressivement de la mémoire des marseillais, et il fallut attendre un siècle et les commémorations à l’occasion du centenaire de l’épidémie pour que l’on parle à nouveau de lui. Cette conférence tentera à la lumière des sources disponibles, de séparer la réalité de ce que l’on appellerait aujourd’hui des fake news, et de brosser de lui un portrait relativement "objectif" en retrouvant ce qui à Marseille, rappelle aujourd’hui son souvenir.

Jean-Louis Blanc est professeur honoraire à l'université d'Aix-Marseille, président de l’Association des amis du patrimoine médical de Marseille et vice-président du Conseil scientifique de la Fondation des gueules cassées.
Il est ancien professeur de stomatologie et chirurgie maxillo-faciale à la Faculté de médecine de Marseille et a occupé le poste de chef de service à l’Assistance publique - Hôpitaux de Marseille.

Communication de Françoise Hildesheimer

Quelques conséquences administratives de la peste de 1720

L’épidémie de 1720 a attiré l’attention et la critique sur le système de protection sanitaire marseillais visant à garantir la ville et le royaume. Elle a ensuite justifié, outre diverses précisions et adaptation des procédures (installations et règlements), une importante évolution du contrôle administratif et financier de l’institution sanitaire par le pouvoir central qui évince le Parlement au profit du Conseil du roi. Nonobstant, l’Intendance sanitaire a conservé son indispensable rôle sur le terrain, son réseau d’information et sa réputation lui permettant jusqu’aux années 1850 de jouer un rôle de capitale sanitaire.
 
Aujourd'hui conservateur général honoraire du Patrimoine (Archives nationales, Paris), Françoise Hildesheimer a commencé sa carrière à Marseille comme conservateur aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône où elle s'est tout particulièrement intéressé aux institutions sanitaires.

Communication de Gilbert BUTI

Se protéger et repousser la contagion en Provence en 1720-1722 : comment et avec quels résultats ?

En 1720, dès l’annonce de la contagion, grandes villes et petits bourgs de Provence et des provinces voisines déploient un ensemble de mesures pour lutter contre le « mal invisible ». Les responsables municipaux et les représentants du pouvoir central activent ou réactivent des moyens mis en œuvre autrefois, parfois tombés dans l’oubli, réveillant ici des mémoires et imitant là des mesures prises dans de proches localités. La médecine des hommes et la médecine du Ciel sont convoquées et appliquées de manière inégale, à l’instar des poursuites et sanctions prises à l’encontre des contrevenants.
Les résultats de ces comportements personnels et des contraintes publiques qui ne sont pas sans rappeler de récents événements, ne manquent pas de surprendre car à côté de cités ravagées, d’autres, pourtant non loin des « chemins de la peste », ont été totalement ou presque épargnées. Qui plus est au sein d’un même ensemble humain dévasté, des habitants, confinés ou non, restent hors d’atteinte du mal et interviennent pour secourir les moribonds. Comment expliquer de telles situations qui n’ont pas manqué d’être relevées par les témoins ?
 
Professeur émérite d'histoire à Aix-Marseille Université, Gilbert Buti est spécialiste des économies maritimes, structures portuaires et sociétés littorales dans le monde méditerranéen du XVIIe siècle au début XIXe siècle. Délégué pour la Méditerranée de la Société française d’Histoire maritime, il est l’auteur de plusieurs publications sur les maladies des gens de mer et sur la peste. Il a récemment publié De Charybde en Scylla. Risques, périls et fortunes de mer en Europe du XVIe siècle à nos jours, Paris, 2018 (avec A. Cabantous) et Colère de Dieu, Mémoire des hommes. La peste en Provence, 1720-2020 (à paraître, Paris, septembre 2020)

 

Épidémies de peste et modalités funéraires : ce que révèle l’archéologie

Communication de Stéfan Tzortzis

Les procédures de mise en terre des défunts sont la plupart du temps guidées par des considérations rituelles, plus généralement culturelles, lesquelles diffèrent évidemment selon les lieux et les périodes. Les pratiques prévalant dans un environnement chrono-culturel donné peuvent toutefois être ponctuellement modifiées lorsque les communautés doivent faire face à certaines conjonctures, en particulier les épidémies de peste.
La question de la salubrité tend ainsi à prendre le pas sur les nécessités du rituel, en imposant jusqu’au recours à l’inhumation simultanée et en masse de cadavres au sein de mêmes réceptacles. Si les sources historiques témoignent dans une certaine mesure des modalités funéraires adoptées lors de ces phases de surmortalité, l’archéologie, en l’occurrence, l’archéothanatologie en révèle ou restitue les gestes, à l’instar de toute chaîne opératoire conduisant à la constitution d’une sépulture, plus largement d’une structure mortuaire.
Depuis plus de vingt ans, en France mais aussi à l’échelle européenne, les fouilles de sépultures ou d’ensembles funéraires associés à des épidémies de peste se sont multipliées, permettant notamment de dégager de grandes tendances évolutives au cours des pandémies historiques. Pour l’Époque moderne, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur occupe une place de choix et, dans ce cadre, l’épidémie de 1720-1722 est particulièrement bien documentée par les recherches de terrain menées à Marseille, bien sûr, mais également à Martigues.
 
Stéfan Tzortzis est docteur en anthropologie biologique, ingénieur au ministère de la culture, direction régionale des affaires culturelles, service régional de l’archéologie de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Aix-en-Provence et membre de l’UMR 7268 ADES (Anthropologie bioculturelle, Droit, Ethique, Santé, Marseille.

 

Communication de Caroline Costedoat

Qui meurt de la peste ? Approche interdisciplinaire

Pour les périodes historiques, au milieu des maladies épidémiques liées à des hauts pathogènes (peste, choléra, variole, typhus, grippe), la peste fait figure d’exception. Les épidémies liées à Yersinia pestis qui ont touché les populations du passé ont fortement marqué les contemporains à plusieurs titres : rapidité de diffusion, célérité de l’infection, égalité des âges et des sexes devant la mort. 
C’est sur ce dernier point, Qui meurt de la peste ? que nous axerons notre communication. A partir de travaux antérieurs, mais aussi de sources nouvellement prises en compte et d’une lecture originale des données disponibles, nous tenterons de montrer si la mortalité par peste témoigne de sélections biologiques et/ou culturelles.
Travail de recherche conduit en collaboration avec Stéphan Tzortzis (SRA DRAC PACA , ADES AMU-CNRS-EFS)  et Célia Kamel , doctorante (ADES AMU-CNRS-EFS)

Caroline COSTEDOAT est maître de conférences en génétique des populations- HDR d’Aix-Marseille Université rattachée à l’UMR 7268 Anthropologie bio-culturelle Droit Éthique et Santé (ADES).

 

Communication de Rémi Barbieri

Introduction à une nouvelle méthode d’analyse des textes historiques : les maux/mots de la peste (Milan 1630 et Marseille 1720).

L'interprétation des textes historiques décrivant des épisodes supposés de peste ancienne est inévitablement biaisée par les concepts actuels concernant cette infection zoonotique mortelle. Afin de limiter ces biais, nous avons développé une analyse automatisée et reproductible des textes historiques concernant la deuxième pandémie de peste (Milan 1630 et Marseille 1720), en détournant des outils informatiques couramment utilisés en bio-informatique pour les appliqués à une analyse lexicographique quantitative. Cette méthode a d’abord été développé sur 16 textes historiques concernant la peste de Marseille de 1720-1722 (Épidémie attribuée à Y. pestis). Une fois la méthode validée, elle a été appliquée à un ensemble de 16 textes concernant la supposé peste de Milan de 1629-1631. Cette analyse a permis de générer un ensemble de mots significativement associés aux textes de peste (Pval < 0.01) ainsi que des réseaux de mots nous permettant de décrypter la dynamique de ces épidémies. En effet, les mots : hardes, meubles, habits et marchandises sont considérés comme les sources de peste de ces épidémies anciennes ; et de manière inattendue ; les mots rats et puces ne sont pas présents. Ces observations contribuent à notre compréhension de la dynamique et de la mortalité des épidémies de peste ancienne dans lesquels les ectoparasites humains jouaient probablement un rôle majeur dans la transmission et la dispersion de la peste.
 
Rémi Barbieri est doctorant au MEPHI Microbes Evolution Phylogeny and Infections, IRD – Aix-Marseille université (UMR 258)

 

Communication de Dominique Castex

Trois cas singuliers de catacombes romaines, témoignages d'une gestion de morts par épidémies durant la période impériale

Les fouilles réalisées dans le secteur central des catacombes romaines des Saints Marcellin et Pierre ont permis d’identifier de vastes ensembles funéraires reflétant une surmortalité. La mise en oeuvre d’une stratégie d’étude interdisciplinaire a permis de discuter la dynamique des dépôts, les gestes funéraires pratiqués, la nature des inhumés et de proposer l’hypothèse d’une origine épidémique des décès. Les mêmes séquences stratigraphiques constituées de squelettes humains découvertes ensuite dans deux autres catacombes romaines, San Callisto et le Coemeterium Maïus, tendent à prouver que l’utilisation de chambres sépulcrales souterraines pourrait constituer une modalité de gestion des morts de masse relativement fréquente à Rome, durant la période impériale.
 
Dominique Castex est Archéo-anthropologue, directrice de recherche au CNRS au sein du laboratoire De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA, CNRS / Université de Bordeaux). Elle coordonne le projet ANR "Pestes et sociétés humaines : émergence, évolution et transformations bio-culturelles" (Pscheet 2020-2024). Ses travaux de recherche ont notamment pour objectif de retracer l'évolution des caractéristiques tant funéraire que biologique des sociétés du passé au cours des différentes pandémies de peste.

 

Communication de Michel Drancourt

Dynamique de l’épidémie de peste à Marseille, 1720-1722

Notre invention de la paléomicrobiologie de la pulpe dentaire nous a permis de confirmer l’épidémie de peste à Marseille à partir de prélèvements de 1722 et le génome entier de cette souche de Yersinia pestis a été décrypté par d’autres équipes. Plus récemment, notre analyse des textes de la peste par une méthode directement translatée depuis la biologie et la bioinformatique nous a permis d’avancer sur la compréhension de la dynamique de cette épidémie et nous permet d’écrire un scenario différent et complémentaire du scénario habituel, suggérant l’introduction de la peste à partir du port possiblement par des rongeurs (rats) et leurs ectoparasites, puis la diffusion de la peste par les ectoparasites humains tels les poux de corps; et la possibilité de contamination par voie digestive, telle qu’elle est actuellement observée au Maghreb. La question de la persistance de la peste en foyers ou bien de sa réintroduction par vagues successives ne peut pas être réglée actuellement et requière des travaux paléomicrobiologiques complémentaires que nous sommes en train de mener.
 
Michel Drancourt est médecin biologiste, directeur adjoint de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée infection, directeur de l’unité de recherche MEPHI : Microbes Evolution Phylogenie et Infections , Aix-Marseille université.

 

Communication de Maryline Crivello

Médiation et mobilisation d'un imaginaire de la peste de 1720 à Marseille au XXème siècle. Autour du film-documentaire de M. Porte (1981) et de la reconstitution historique de La Ciotat (2002-2019)

Si la peste de 1720 à Marseille a profondément frappé les contemporains de l'épidémie, elle n'a cessé pour autant de fasciner, symbole d'une peur sans cesse réactualisée de ravage et de désolation. Nous reviendrons à partir de deux exemples, sur les temps commémoratifs de l'événement qui ont contribué à mobiliser tout un imaginaire propre à tisser des correspondances entre passé et présent. Ainsi le film télévisuel de Michelle Porte en 1981 est conçu autour de l'idée d'une "mémoire des lieux", ressuscités par des journaux intimes et quelques peintures de Michel Serre qui relatent la progression de la maladie au 18ème siècle. La reconstitution historique de la ville de La Ciotat - "Il était une fois 1720" - quant à elle, a pour visée la re-création de l'événement par une expérimentation des habitants, en période estivale et dans l'espace public urbain.
  
Maryline Crivello, historienne, professeure des Universités et vice-présidente du CA d'Aix-Marseille université.  Elle est spécialiste des questions mémorielles, des usages du passé et des médias. Elle a notamment co-dirigé Télévision et Méditerranée. Généalogie d’un regard (2008), Les Échelles de la mémoire en Méditerranée (2010), La Traversée des mémoires en Méditerranée (2016) et le Dictionnaire de la Méditerranée (2017). Ses recherches récentes portent sur les cultures de l'histoire mobilisées dans le cadre des reconstitutions et des spectacles historiques. 

 

Communication de Michel Signoli, Directeur de l’UMR 7268 ADES , Aix-Marseille université-CNRS-EFS.

De Yersin, vainqueur de la peste à la fin du 19ème au retour du bacille de nos jours (20e et 21e siècles)

À compléter

Michel Signoli est archéo-anthropologue, directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire Anthropologie bio-culturelle Droit Éthique et Santé (ADES, UMR 7268, AMU, CNRS, EFS). Ses thématiques de recherche concernent les sépultures multiples et simultanées en relation avec les épidémies du passé ou les conflits récents. Ses travaux réalisés sur les contextes épidémiques ont essentiellement porté sur des lieux d’inhumations de victimes d’épidémies de peste en France comme à l’étranger et sur des contextes chronologiques allant du VIe au XVIIIe siècles.
 

Communication de Pierre LE COZ

Les pandémies aujourd’hui : comment gérer l’incertitude et les dilemmes moraux ?

Dans tous les pays qu’elle affecte, une pandémie mobilise un plan de lutte dont la finalité est clairement apparente : il faut sauver le plus grand nombre de vies. L’adhésion collective à cet objectif de santé publique se manifeste à travers les concessions, parfois les sacrifices, auxquels les populations sont prêtes à consentir. De gré ou de force, les citoyens des Etats concernés se plient aux instructions des pouvoirs publics qui imposent des restrictions à leurs droits fondamentaux tels que ceux d’aller et venir, de se rassembler, etc. Si cette mise entre parenthèses des droits semble être un moindre mal, elle n’est toutefois légitime qu’à la condition d’être provisoire et circonstancielle. De plus, le renoncement d’un peuple à l’exercice de ses libertés publiques doit avoir été voulu et assumé par ses représentants au parlement, et non être imposé de force par un Etat autoritaire. A supposer qu’une stratégie de lutte anti-pandémie de type totalitaire se révèle être la plus efficace pour vaincre la pandémie, notre société ne serait pas massivement prête à l’accepter, fut-ce provisoirement. Même en période critique, la justice s’impose comme la seule valeur inconditionnelle. Car contrairement aux apparences, ce n’est pas tant la survie qui conditionne la justice que la justice qui conditionne la survie.
 
Pierre Le Coz est Membre de l’Académie nationale de médecine, professeur des universités en philosophie, UFR de médecine d’Aix-Marseille Université, Responsable de l’équipe 3 « Éthique, droit de la santé, anthropologie » de l’UMR ADES n°7268–EFS-CNRS, Aix-Marseille Université. Il a notamment participé au projet ANR : « Réseau Universitaire International de Bioéthique » (coord. Pr. B.Feuillet–Liger & G. Schamps) de 2011 à 2015. Il est l’auteur de « L’éthique médicale. Approches philosophiques », Presses universitaires de Provence, Aix-en-Provence, 2018, (Préface d’André Comte-Sponville), « Le gouvernement des émotions », Paris, Albin Michel, 2014 ; et a notamment publié « L’exigence de justice à l’épreuve de la pandémie » in : Études, juin 2020, pp. 51-62 ; « Vaccination et pandémie grippale : tenir compte des principes éthiques et des enseignements du passé » : Revue d’Actualité et dossier en santé publique, n°105, déc. 2018, pp. 21-22.